X
X
Portrait de territoire : sur un air d'Italie

Portrait de territoire : sur un air d'Italie

Sur un air d'Italie

Voir l'image en grand Famille Saccardo, année 1920 - La Viscamine à PontcharraLe Grésivaudan, terre d’accueil et territoire cosmopolite a connu différentes vagues migratoires qui ont façonné son paysage identitaire et culturel. L’immigration italienne apparait comme incontournable dans l’histoire de nos communes. Loin de séparer les hommes, les Alpes ont joué un rôle fédérateur. Alors partons sur les traces de nos voisins italiens, ici dans le Grésivaudan !

Si l’on remonte le temps, on constate que l’immigration Italienne ne date pas d’hier. Elle a pris racine au 3ème siècle avant Jésus-Christ avec l’arrivée des Allobroges, ce peuple gaulois originaire d’Italie du Nord. La présence italienne s’est néanmoins renforcée dès le 13ème siècle. Dès lors, les vagues migratoires et les métiers représentés se sont succédés pour des raisons et des besoins différents.

- Au 13ème siècle

En raison de la situation frontalière entre l’ancienne province du Dauphiné et l’Italie, de nombreux marchands et banquiers italiens traversent les Alpes pour faire commerce des biens et de la monnaie.

- Au 15ème siècle

En 1463, le roi de France Louis XI apprend qu’à Theys, Allevard et Vizille, les mines de fer sont à l’abandon. Parce que leur exploitation serait une valeur ajoutée pour le royaume, il souhaite attirer une main d’œuvre qualifiée et décide d’exempter d’impôt tous ceux qui viendraient de « Hors le dit pays du Dauphiné » pour y travailler. Les italiens arrivent en nombre dans le Grésivaudan pour exercer des métiers autour du fer (fondeur, forgeron, mineur, charbonnier. Dans le pays d’Allevard, on doit donc la relance de l’activité minière aux italiens venus du Piémont, d’Aoste, de Lombardie et de la région de Bergame. Ils apportent de nouvelles techniques de fabrication comme la création des hauts fourneaux. Arrivé en 1610 à Allevard, Piero Pomina deviendra le chef d’orchestre de la renaissance de l’exploitation du fer. Il relance notamment les fourneaux de la Chevrette au-dessus de Pinsot et de Sailles près de saint-Pierre d’Allevard. De leur côté, les familles Gervasoni, Pominaz, Vitalli et Paganoni, toutes originaires de la région de Bergame, érigeront une dizaine de haut fourneaux dans le même secteur entre 1598 et 1640. C’est ce qu’on appelle « l’âge d’or des bergamasques à Allevard ».

- A partir du 16ème siècle

Le Piémont est largement représenté dans le Grésivaudan. En effet, des maçons, issus pour la majorité de cette partie de l’Italie, viennent travailler ici.  Il s’agit, pour la grande majorité, d’une migration saisonnière avec une arrivée au printemps et un retour au pays, les poches pleines, à la fin de l’automne. Au fil du temps, les personnes s’installent durablement et font venir leur famille. C’est ainsi que l’entreprise Dotto voitr le jour au début du 20ème siècle. Il s’agit de l’une des plus importantes sociétés iséroises dans le secteur du bâtiment. Elle fournira, entre autres,  les matériaux nécessaires à la construction des établissements de santé à Saint-hilaire du Touvet.

- Aux 17ème et 18ème siècles

Les massifs de Belledonne et de Chartreuse accueillent un grand nombre de bûcherons italiens venus travailler pour les scieries de la région et les papeteries de Lancey. Ces dernières envoyaient des émissaires de l’autre côté des Alpes pour recruter de la main d’œuvre liée à cette activité très physique. Ces hommes issus de Lombardie, de Vénétie et du pays de Bergame ont permis de développer des techniques nouvelles telles que le transport par câble des grumes de bois. La fin du 18ème siècle est marquée par un fort exil politique des Italiens en Isère. En pleine époque révolutionnaire, les patriotes se réfugient dans nos villes et communes.

- Au 19ème siècle

La vague d’immigration italienne connait une déferlante en raison de la mise en service jusqu’à Grenoble du chemin de fer en 1856. Cela participe à désenclaver et à développer toute une région et à attirer de nouveaux venus.  D’abord employés dans les bâtiments et les travaux publics, les travailleurs italiens glissent à cette période vers les industries de transformation en priorité dans les secteurs du cuir et de l’habillement. Leur savoir-faire dans le domaine de la ganterie est recherché. Les peaux de chevreaux sont également importées d’Italie, berceau du gant de luxe.

- Au 20ème siècle 

Au moment de la 1ère guerre mondiale, avant-même l’entrée en guerre de l’Italie, les arrivées en France chutent alors que les départs augmentent. L’armistice signe la reprise du flux migratoire qui monte en puissance à partir de 1921 en même temps que la montée du fascisme en Italie. Mussolini condamne d’ailleurs ces départs et déclare en 1927 que l’italien doit rester fidèle à sa patrie. En 1919, la France et l’Italie signent un accord pour établir l’égalité de leurs travailleurs en matière de salaire, de condition de travail, d’hygiène et de sécurité. A partir des années 1920, les familles s’installent ainsi sur la durée dans la vallée du Grésivaudan mais aussi La Romanche, La Matheysine et l’agglomération grenobloise. Beaucoup viennent des villes de Corato et Sommatino en Sicile. 

Voir l'image en grand Exemple de demande de carte d'identité de travailleur étranger obligatoire, à l'époque, pour séjourner et exercer une profession sur le territoire français

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

- De nos jours

L'immigration italienne dans le Grésivaudan est le fait d’étudiants ou de personnes hautement qualifiées. Depuis le milieu des années 2000, on compte de nombreux ingénieurs dans les effectifs de STMicroelectronics à Crolles ou encore dans les entreprises d’Inovallée à Montbonnot et Meylan. Les liens forts qui unissent l’Italie et le Grésivaudan se traduisent par des échanges culturels, sportifs et scolaires via les jumelages. Par exemple, Pontcharra est Jumelée avec Rovasenda, Allevard avec Mennagio, Villard-Bonnot avec Calamonaci et Le Cheylas avec Pavarolo.

Voir l'image en grand

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recensement des italiens dans le Grésivaudan en 1921: 

Villard-Bonnot = 731 italiens soit 14.5% des habitants de la commune

Le Versoud = 165 italiens soit 21% des habitants de la commune

Pontcharra = 94 italiens soit 4% des habitants de la commune

Froges = 128 italiens soit 14% des habitants de la commune

Tencin = 61 italiens soit 11% des habitants de la commune

Pays d'Allevard = 232 italiens soit 5.6% des habitants de la commune

A savoir: en France, le premier recensement qui dénombre les personnes étrangères par nationalité remonte à 1851. 

Pour aller + loin :

Livre en prêt dans les bibliothèques du Versoud, de Pontchaarra, Brignoud, Bernin et Saint-Nazaire-les-Eymes

« Un air d’Italie, la présence italienne en Isère » - Novembre 2011 – collection Musée dauphinois. 

Retour en haut